Argentine en avril 2005

jeudi, mai 12, 2005

BUENOS AIRES, et le tango argentin

C'est tout-frais-tout-beaux que nous arrivons dans la capitale d'Argentine, Buenos Aires: Nous avons en effet prit un vol interne de 3h30 depuis El Calafate, en Patagonie tout au sud du pays. (Depuis la France, si on fait le meme nombre d'heures d'avion, on se retrouve facilement au Maroc!!! Mais la, on parcourt a peine un tiers du pays!!!) Nous evitons aussi des milliers de km et plus de 40 heures de bus au milieu de la pampa, pour un prix equivalent. Oui, certes, on adore le bus (a force!) mais la, vraiment, le paysage est parait-il plat et vide, genre: "Tiens, une colline assez pelee!", 6h plus tard: "Tiens, une colline plutot pelee!". Des les premiers instants, Buenos Aires nous plait profondement. Au premier coup d'oeil, cette ville nous rappelle Paris! Biensur, vous allez dire que ce n'est pas tres excitant, ("Pourquoi aller a l'autre bout du monde pour retrouver Paris!"). Mais mettez-vous a notre place: Cela fait des jours et des jours que nous crapahutons dans la boue, montant et demontant notre tente deglinguee, et faisant chauffer de pauvre pates lyophilisees avec notre rechaud chilien... Bref, se retrouver dans une ville si moderne et europeenne, c'est pour nous le paradis. Tout d'abord, nous nous debarassons de nos costumes de joyeux aventuriers: Impossible (!) de se balader dans la ¨Fashion-victime¨ Buenos Aires avec nos pantalons-rangers. Amaury s'achete donc un beau pantalons, nous nous coupons tous les deux les cheveux (et cette fois-ci plus avec des ciseaux a papier), et lavons tout de fond en comble, histoire de ressembler a des humains du 20eme siecle. Ensuite, nous partons a la rencontre des restaurants de la ville. Et quelle rencontre! Nous en avons encore l'oeil humide (!). Depuis 1999-2001, epoque ou le peso argentin a chute, les prix ont tous ete divises par trois. L'Argentine, qui etait auparavant un pays extremement cher pour les voyageurs (un des plus riches de la planete), est ainsi devenu une destination bon marche. En bons francais, nous pensons que la cuisine francaise est une des meilleurs au monde. Et bien a Buenos Aires, nous nous regalons litteralement. C'est fin, c'est beau, c'est bon! Seule difference avec la gastronomie francaise, les "Parillas". Des morceaux de viande a tomber parterre, succulents, enfin bref, de quoi se refaire du sang chaud pour les dix ans a venir! Il existe aussi des restaurant "Tenedor libre", c'est a dire "regale-toi jusqu'a overdose". Des buffets dignes des plus grands restos francais, enfin bon, vous allez croire que nous sommes affames tellement on vous parle de nourriture, donc on s'arrete la. Enfin vous aurez compris qu'a Buenos Aires, nous avons largement compense les eventuelles carences dues aux treks!!!Si nous avons tant aime Buenos Aires, c'est aussi certainement a cause du TANGO ARGENTIN, et du jeune couple de professeurs qui nous l'a enseigne. Nous avions en effet deja pris de cours de Tango a Lausanne il y a 4 ans (sans beaucoup de succes d'ailleurs, heureusement, les temps changent!). C'etait un reve, dont nous parlions deja avant le grand depart, d'apprendre a danser a Buenos Aires. Des le premier soir, nous nous mettons a la recherche de professeurs particuliers. Et c'est dans l'hotel (qui s'appelle "Milonga", c'est un signe!) que la jeune receptionniste nous donne le telephone de nos futurs profs et amis, Fernando y Nayla. Nous prenons avec eux 2h de cours de tango argentin par jour, pendant une semaine. Il faut etre concentres, car nous devons assimiler beaucoup de mouvements (et comme vous le savez, nous n'avons pas travaille depuis longtemps!). Ensuite, tous les soirs, ils nous donnent des adresses de milongas pour aller "pratiquer". Une "Milonga" est en fait une "boite a tango", ou les gens viennent danser jusqu'au petit matin. Chaque lieu, mythique, est ouvert certains soir de la semaine, et nous decouvrons vite les "habitues" qui font la tournee des milongas, au milieu de la foule des danseurs. Chaque lieu a son atmosphere propre, "la confiteria la Ideal" est une salle ancienne et luxieuse avec de lourds lustres (un lustre s'est d'ailleurs decroche sur la piste pendant notre sejour! la cata!), les gens, plus ages, y viennent tres bien habilles. "El beso" est au contraire une milonga moderne, ou les tenues sont plus provocatrices, et les danseurs plus jeunes. Mais les "Porteños" (= habitants de Buenos Aires) sont toujours habilles avec recherche, quelque soit le style. Et ainsi de suite, nous decouvrons tous les soirs une nouvelle boite a tango. Il faut dire que cette danse est une institution ici, et elle n'est dansee que dans la capitale (et en Uruguay, que les argentins considerent d'ailleurs un peu comme une de leurs provinces!!!). Tous les soirs de la semaine, le coeur de la capitale est bonde de gens qui sortent jusqu'a point d'heure. Memes les espagnos sont battus, pour le coup! A 4, 5, 6h du matin, les bus sont encore pleins de fetards de tous les ages. Pour en revenir au Tango, les gens arrivent vers minuit-2h du mat', et les milongas ne desemplissent pas jusqu'a 7h. Chacun ammene ses chaussures de danse dans un petit sac noir en tissus accroche a l'epaule, et les enfile une fois arrive. Talons (tres) hauts pour les dames, chaussures de cuir "pointues", au cuir tres tendre, et parfois decore pour les hommes. Nous n'avons de notre cote que nos grosses chaussures de marche, et il est absoluement mal vu de danser en chaussettes. C'est pourquoi notre prof de danse, Fernando, prend son apres-midi des le 2eme jour pour nous aider a acheter des chaussures de Tango. Et la, c'est le bonheur! Dans une rue specialisee du coeur de la ville, nous faisons un a un les quelques magasins, qui proposent tous les modeles, toutes les tailles, toutes les formes... A tres petits prix pour nos references d'Europeens! Le plus dure, ce n'est pas de trouver des chaussures (cf traumatisme Clementine), mais c'est de choisir!!! Nous repartons avec trois paires de chaussures de tango, fiers comme tout, et ne les utiliserons intensivement tout le reste de la semaine, avant de les renvoyer en France. Mine de rien, nous progressons pas mal, et nous lancons petit a petit au milieu des autres danseurs. La grande difficulte est pour l'homme d'essayer de ne pas rentrer dans les autres couples. Il y a en effet beaucoup de monde qui danse, et avec tous ces tourniquets de talons en l'air, etc, on peut facilement blesser quelqu'un!!! La femme n'a qu'a se laisser guider, c'est beaucoup plus simple. Pour Amaury, ca c'est parfois difficile! Il est vraiment amusant d'observer sur la piste de danse les couple heteroclites qui se forment toutes les trois danses: De tout petits vieux monsieurs tres dignes, dansant avec de jeunes demoiselles deux fois plus grandes qu'eux, des couples dansant ensemble depuis des annees et qui semble vraiment y prendre du plaisir... Tous les soirs, nous rentrons entre 3h et 7h du matin, ce qui decalle evidemment un peu notre rythme de visite de la ville! Malgres ces horaires de fetards, nous parcourons quand meme la ville dans tous les sens, durant les 8 jours de notre sejour a Buenos Aires. Nous traversons de grandes avenues bordees de riches magasins, puis parcs, monuments divers (aux morts de la guerre des iles Falkland, a Evita (Eva Peron), au general San Martin pere de l'independance...), eglises (Bondees suite a la mort du Pape Jean-Paul II: Celui-ci est tres tres apprecie ici car il a empeche dans les annees 70 une guerre entre Argentine et Chili, quand ces deux pays etaient tenus par une dictature militaire). Nous explorons les celebres quartiers de "San Telmo" (coeur de la culture tango de Buenos Aires, genre "la butte aux cailles"), "La Boca" (Un quartier beaucoup plus pauvre, maisons basses tres colorees, pres du port sur la riviere "Rio de la plata", ou se trouve le grand stade de foot pour les fanatiques de l'equipe locale), "Recoleta" et son cimetiere ou dorment ensemble toutes les plus grandes figures de l'histoire argentine (Dont la celebre Evita, dont le corps momifie s'est balade dans le monde entier pendant 20 ans avant d'etre finalement enterre ici, mais c'est une tres longue histoire bien glauque), "Palermo" (equivalent de "Hide park" pour les portenos). Nous passons aussi une excellente journee au musee d'Art Latino-Americain MALBA du 20e siecle (les musees nous manquaient a tous les deux!). Petite pause pour vous parler de cette "icone nationale" qu'etait Evita: Cette femme, Eva Peron, femme du general Peron qui a dirige l'Argentine dans les annees 40-50, etait visiblement tres charismatique. Elle etait tres aimee du peuple car elle venait d'un milieu tres tres pauvre et simple, et etait monte "tout en haut de l'echelle". Elle savait parler aux pauvres, et s'est battue pour les droit de la femme et autres oeuvres de charite. Elle etait quand meme un peu speciale, dans son genre. Elle et son mari etaient des grands amis de Franco en Espagne, et appreciaient beaucoup la facon dont Mussolini s'occupait de l'Italie (Bien bien a droite le general et sa femme!). Et pourtant, le peuple aimait bien Peron, qui par exemple se baladait toujours chemise ouverte et manches remontees, comme quoi il en faut peu pour etre populaire! Pour en revenir a Evita, elle n'aimait tellement pas la ville ou elle avait passe son enfance que cette ville a ete purement et simplement rayee de la carte d'argentine pendant des annees! A cette epoque, on a fait construire une ville censee reprendre le contours du visage d'Evita (a peine orgueilleuse, la bonne-femme!). Il y a encore plein d'histoires comme cela, et les argentins, quand ils en parlent, nous disent que leur histoire recente leur semble parfois etre un roman! A sa mort, Evita a emis le souhait d'etre momifiee (comme Lenine). Son corps, pris en main par l'armee, a ete balade en ville dans une voiture anonyme pendant des jours, avant d'etre envoye en Italie, enterre une dizaine d'annee sous un faux nom, puis deterre, emmene aupres de son mari peron alors en exil en Espagne, remis en etat (mmm!), ramene en Argentine et finalement rendu au peuple. De meme, quand c'est le general Peron qui a ete enterre, c'etait sans ses mains, coupees car elles avaient une sorte de "pouvoir sur la foule". On ne sait pas qui ni ou sont conservees ces mains... Ca demenage, l'histoire en Argentine!!!Sinon, a part ces anecdotes, il faut savoir que les argentins on beaucoup souffert dans les annees 70-80, avec la guerre sale et la dictature militaire de Videla. Nous voyons peu de traces a Buenos Aires de ces terribles evenements, a part quand des argentins nous en parlent spontanement, quand ils nous raccontent leur vie. Les habitants de Buenos Aires sont particulierement agreables, ce qui est etonnant pour une grande ville, et plusieurs fois, dans le bus ou dans la rue, nous avons de longues et riches discutions avec des portenos... Il y a un signe de pauvrete tres choquant a Buenos Aires, qui contraste enormement avec ces riches restaurants et magasins... Ce sont les dizaines d'enfants seuls qui mendient et dorment, tous les soir, sur le trottoir des grandes avenues. Nous avons deja croise ce genre de spectacles et bien pire au cours de ce long voyage, mais la, ce qui est choquant, c'est le contraste avec la richesse en facade de la ville. Petit a petit, nos professeurs de tango argentin, Fernando et Nayla, nous invitent a rentrer de plus en plus dans leur univers. Nous passons finalement le plus clair de notre temps les trois derniers jours avec eux. Ils nous invitent a plusieurs reprises chez leurs parents, un coup chez l'un, un coup chez l'autre, et sont excessivement genereux et adorables. Le soir, nous allons, biensur, danser tous ensemble et denichons meme une milonga avec orchestre de tango en live, et chanteur gomine a la voix pleine de tremolos... Nous partageons des moments innoubliables, en apprenons toujours un peu plus sur la riche culture argentine, et... ne voulons plus partir de Buenos Aires!!! Pourtant, c'est un voyage, il faut bien continuer, d'autres merveilleux endroits nous appellent, mais c'est le coeur vraiment lourd que nous quittons la formidable Buenos Aires. Fernando et Nayla nous emmenent prendre un bus pour le nord, archi-confortable a deux etages (meme en Suisse, ca n'existe pas!!!), et la perspective d'y passer la nuit (encore beaucoup de km en perspective!) nous desole moins que l'idee de quitter nos amis. Vrooouuummm! En route pour de nouvelles aventures!